Bon la première fois que ça m'est arrivée, j'avais les boules. Oui, ça faisait trois ans je crois à peu près qu'on parcourait les route ensemble. Trois ans, c'est long et au bout de trois, on prend des habitudes, on a ses repères. Et puis, au bout de trois ans on n' a plus peur, on n'y pense plus que ça puisse ne pas être possible. Trois ans, on avance ensemble et on crois que ça durera. Et puis non, en fait, on n'est jamais vraiment à l'abris dans cette ville (je dis cette ville parce que c'est là que je vis). et ce jour où on découvre qu'il n'est plus là, en tous cas pour moi, ce jour-là, j'avais les boules. Mais bon on se dit que c'est pas si grave, qu'on a et qu'on vit d'autres choses, qu'un vélo c'est sûr c'est agréable, mais des choses agréables il y en a plein dans la vie et que marcher c'est pas mal aussi. Bon ben après cette première fois en tous cas je me suis dit qu'après tout c'était un objet et qu'un objet, ça se remplace. Alors, c'est ce que j'ai fait. Je l'ai remplacé. Mais pas pour longtemps. Celui-là aussi, il a pris la clé des champs !
Alors j'ai voulu tenir, renoncer à cette sensation si agréable de rouler en plein air, de traverser la ville à une allure qui me semblait "toute", même si je crois que je n'allais pas si vite en fait car j'ai peur de la vitesse, mais bon c'était vraiment ennivrant cette sensation. Et puis parfois s'arrêter et juste regarder un coin de rue, un coin de ville, un coin. Et redémarrer et croire que j'étais seule à ressentir ça. Et j'étais seule à ressentir ça, comme ça, et c'était ma liberté.
Je n'ai pas renoncé à ma liberté, et j'ai à nouveau remplacé l'objet parce que c'est trop bon de rouler, enfin parce que j'aime trop ça et que je ne pouvais pas m'en passer.
Mais là ça commence à faire trop, cette ville, cette façon de vivre dans cette ville qui fait qu'on a toujours besoin de ce que les autres ont (enfin pas moi mais je pense que des gens en ont besoin, c'est comme ça que je préfère me le formuler). Et ce besoin qui prive d'autres d'un autre besoin, c'est sûr c'était pas vital mais quand même...Enfin au bout du 4ème, quand je suis allée voir l'emplacement laissé vide, je ne pouvais que me dire ben tant pis quoi. Je finis par prendre l'habitude.
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