Oui on a vieilli, mûri, grandi, appelez ça comme vous voulez. Bref les années ont passé. Des années ont passé.
Maintenant
la Gay
Pride
, devenue Marche des fiertés, a été rachetée et ils s’en servent pour faire de la pub. Maintenant on se fait gueuler dessus quand on se met à danser dans une foule pour la fête de la musique. Maintenant on regarde avec sympathie les jeunes qui s’excitent contre le CPE. Maintenant on ne va pas plus loin que Châtelet, c’est vrai parce qu’après sinon on est épuisé. Maintenant on ne se perd plus, on a des téléphones qui nous suivent partout même quand on n’a plus d’ombre. Maintenant on paye des impôts. Maintenant on ne sait plus où trouver du teuteu. Maintenant on rentre en taxi après avoir fait la fête, on ne traverse plus tout Paris à pieds (enfin sauf quand on ne trouve pas de taxi). Maintenant on ne fait plus pipi entre deux voitures (enfin si y en a qui le font encore…).
J’ai l’impression d’être plus tranquille maintenant. Je veux dire que je n’ai plus, ou de moins en moins l’impression de rater quelque chose si je ne le fais, si je ne suis pas là, à cet endroit précis, pour me rendre compte après qu’en fait j’aurais mieux fait de ne pas bouger parce que finalement…ou que j’aurais mieux fait d’aller là parce que finalement…Je cerne mieux ce que j’aime faire, ce qui me correspond. Oui les années ont passé. Oui je peux parfois me dire que c’est dur parce que c’était si bon de ressentir telle ou telle chose : De tomber amoureuse, et de ne rien voir venir, de croire que c’était ça l’amour, que l’amour il n’y en a qu’un, qu’on ne peut le vivre que comme ça et que sinon ce n’est pas vraiment de l’amour, D’avancer à l’aveugle, sans se retourner, sans se demander si on va dans le bon sens parc que c’est comme ça. Oui, en fait, de croire tout simplement. Je vois bien qu’aujourd’hui ce que j’ai perdu, c’est une certaine naïveté, une certaine crédulité qui me cachait pas mal de choses, qui pouvait presque me protéger.
Et puis les années m’ont réveillée.
J’ai appris à être sur la défensive, à appréhender mais dans le bon sens. C’est sûr je ne peux pas dire que je ne me plante pas, je ne sais pas en fait, je ne pourrais même pas le savoir parce que les choix que je fais me poussent dans un direction, pas dans une autre, mais je fais le choix de cette direction. Et ça c’est bon. C’est vrai c’est bon de se dire que ce que l’on vit, nous le choisissons, nous ne le subissons pas, ce n’est pas vrai. Enfin c’est bon d’en prendre conscience. Même s’il est vrai que nous ne vivons pas toujours des choses faciles, et puis qu’il y a des choses que nous ne choisissons pas de vivre, c’est vrai. Mais les directions que nous prenons, ce sont les nôtres ça ce n’est pas discutable. Et je vois bien que cette conscience là, je ne l’avais pas avant. Elle est venue au fil des ans.
Alors je me dis, avançons vers la sérénité.