Samedi 8 juillet 2006

Elle est si belle. Elle est si joyeuse. Et c'est merveilleux de le voir. Ses petits yeux qui se plissent pour accompagner son sourire et aussi son grand rire, ou qui d'autres fois s'emplissent de petites lumières rayonnantes à la moindre surprise, la moindre découverte qui l'anime. Et de la voir courir après quelque idée qu'elle a en tête, très précise, que nous ne pouvons pas soupçonner mais qui semble la ravir et la pousser à se lancer vers l'aventure. Et de voir qu'elle peut aussi bien tout oublier pour poursuivre son idée, pour y aller, que rien ne l'arrête, pas même, à ce moment là le fait de tomber, elle se relève, elle veut y aller. Voir ça c'est...

Aussi, elle chante, elle retient les notes qu'elle a pu entendre et elle les répète et elle semble adorer ça, entendre sa voix, retenir des sons, les redonner. Ca m'emerveille. C'est si beau. Elle est si petite mais elle sait déjà tant de choses. elle sait utiliser ce qui est à sa portée, c'est quelque chose qu'elle fait tout naturellement, c'est comme ça qu'elle se développe.

C'est un petit bout, elle n'a pas encore deux ans mais elle me fait chavirer, c'est vrai, rien qu'à la regarder vivre, et quand j'y pense et quand je l'écris, j'en ai les larmes aux yeux, les larmes du bonheur.

Par Myriam Brabant - Publié dans : glaneuse
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Lundi 26 juin 2006

Oui on a vieilli, mûri, grandi, appelez ça comme vous voulez. Bref les années ont passé. Des années ont passé.

 Maintenant la Gay Pride , devenue Marche des fiertés, a été rachetée et ils s’en servent pour faire de la pub. Maintenant on se fait gueuler dessus quand on se met à danser dans une foule pour la fête de la musique. Maintenant on regarde avec sympathie les jeunes qui s’excitent contre le CPE. Maintenant on ne va pas plus loin que Châtelet, c’est vrai parce qu’après sinon on est épuisé. Maintenant on ne se perd plus, on a des téléphones qui nous suivent partout même quand on n’a plus d’ombre. Maintenant on paye des impôts. Maintenant  on ne sait plus où trouver du teuteu. Maintenant on rentre en taxi après avoir fait la fête, on ne traverse plus tout Paris à pieds (enfin sauf quand on ne trouve pas de taxi). Maintenant on ne fait plus pipi entre deux voitures (enfin si y en a qui le font encore…).

 J’ai l’impression d’être plus tranquille maintenant. Je veux dire que je n’ai plus, ou de moins en moins l’impression de rater quelque chose si je ne le fais, si je ne suis pas là, à cet endroit précis, pour me rendre compte après qu’en fait j’aurais mieux fait de ne pas bouger parce que finalement…ou que j’aurais mieux fait d’aller là parce que finalement…Je cerne mieux ce que j’aime faire, ce qui me correspond. Oui les années ont passé. Oui je peux parfois me dire que c’est dur parce que c’était si bon de ressentir telle ou telle chose : De tomber amoureuse, et de ne rien voir venir, de croire que c’était ça l’amour, que l’amour il n’y en a qu’un, qu’on ne peut le vivre que comme ça et que sinon ce n’est pas vraiment de l’amour, D’avancer à l’aveugle, sans se retourner, sans se demander si on va dans le bon sens parc que c’est comme ça. Oui, en fait, de croire tout simplement. Je vois bien qu’aujourd’hui ce que j’ai perdu, c’est une certaine naïveté, une certaine crédulité qui me cachait pas mal de choses, qui pouvait presque me protéger.

 Et puis les années m’ont réveillée.

J’ai appris à être sur la défensive, à appréhender mais dans le bon sens. C’est sûr je ne peux pas dire que je ne me plante pas, je ne sais pas en fait, je ne pourrais même pas le savoir parce que les choix que je fais me poussent dans un direction, pas dans une autre, mais je fais le choix de cette direction. Et ça c’est bon. C’est vrai c’est bon de se dire que ce que l’on vit, nous le choisissons, nous ne le subissons pas, ce n’est pas vrai. Enfin c’est bon d’en prendre conscience. Même s’il est vrai que nous ne vivons pas toujours des choses faciles, et puis qu’il y a des choses que nous ne choisissons pas de vivre, c’est vrai. Mais les directions que nous prenons, ce sont les nôtres ça ce n’est pas discutable. Et je vois bien que cette conscience là, je ne l’avais pas avant. Elle est venue au fil des ans.

 Alors je me dis, avançons vers la sérénité.

 

Par Myriam Brabant - Publié dans : glaneuse
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Jeudi 22 juin 2006

Est-ce qu'on est obligé de créer ? il y en a qui disent qu'ils créent, qu'ils font toutes sortes de choses, pour qu'un jour il puisse laisser une trace. Une trace de quoi ? Une trace d'un vécu, d'une existence, une trace de soi.

C'est déjà assez dure, je trouve de s'obliger, de son vivant, ou de se sentir obligé, à se déffinir. Je vois bien que l'on cherche à savoir qui l'on est. On écrit un blog, on se crée en tant que personnage, en tant qu'image. On dialogue pour se positionner. On aime, on cherche à mieux se comprendre à travers notre façon d'aimer. On se pose des questions et on cherche à y répondre. On s'occupe, on travaille, on fait des enfants pour se montrer qui on est. Est-ce qu'on passe son temps à se chercher ? Est-ce qu'on se trouve un jour ?

Parfois, je préfère ne pas y répondre, et là je suis bien. C'est vrai, je ne cherche plus car je suis et c'est tout. Et comme de toutes façons, un jour nous ne serons plus, alors soyons.

Et je repense à ceux qui se disent qu'il faut créer maintenant parce qu'un jour, nous ne serons plus là et que comme ça il restera un peu de nous ici (merde c'est incroyable en fait parce que je trouve qu'on prend déjà pas mal de place quand on est un être-humain alors s'imaginer en plus qu'il faudra continuer à en prendre même quand on ne sera plus !...) et je me dis que c'est triste, c'est dure de se dire ça, de s'imposer ça, et je me dis qu'ils ne sont pas libres.

Et quand j'entends ceux qui me disent qu'il créent parce que c'est comme ça, parce qu'ils vivent comme ça. Là oui, je veux bien l'entendre. Et là, je trouve ça fort.

Par Myriam Brabant - Publié dans : glaneuse
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Mardi 20 juin 2006

Je le vois souffrir et je ne sais pas comment réagir. Je parle, j’écoute. Mais je ne sais pas comment réagir, je ne sais pas quoi faire pour que ça s’arrête, pour qu’il soit guéri. Je voudrais qu’il le soit. Je voudrais qu’il ne vive pas ces souffrances, qu’il soit épargné. Ou bien qu’il oublie, que son esprit oublie, que son corps oublie, qu’il soit à nouveau gai, libre de ça, de cette douleur. Et puis je dis des choses, pour qu’il se sente mieux, pour qu’il vive mieux, pour qu’il reprenne confiance. Je ne sais pas si ça marche.

Il écoute.

Je le vois souffrir et se battre pour réagir et je trouve ça beau. Ca m’impressionne, toute cette énergie qu’il va rechercher, qu’il va puiser en lui, pour se battre. Je ne sais pas si ça marche. Je veux dire que je ne sais pas si c’est la solution, si c’est sa solution.

Il a l’air d’aller mieux.

Je ne sais pas plus s’il souffre, il avance, il fonce même. Et parfois quand même je me demande s’il souffre encore. Et puis je crois que oui et non, il souffre et ne souffre pas.

Il est marqué c’est tout.

Par Myriam Brabant - Publié dans : glaneuse
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Vendredi 16 juin 2006

On n’est qu’une image. Je ne suis que l’image de ce que les autres veulent ou peuvent voir de moi.

Ce qu’ils veulent voir parce que ça fait référence à ce qu’ils connaissent, à leurs repères, parce que ça les rassure dans les choix qu’ils ont fait, parce qu’ils s’en servent pour se rassurer.

Ce qu’ils peuvent voir parce qu’ils ne peuvent pas tout saisir, parce qu’ils ne peuvent pas prendre en compte tout l’être que je suis. Ils ne peuvent pas tout saisir parce moi-même je ne saisis pas tout.

Bien sûr je me connais, au fil des ans, de mieux en mieux, mais encore je suis toujours surprise, et je ne peux donc pas avoir une totale connaissance de ce que je suis. Et donc ils ne peuvent pas complètement eux aussi, les autres, appréhender qui je suis. Et c’est pourquoi ils ne peuvent que s’emparer de bribes de ce que je suis, ce à quoi je leur renvoie, ce que je leur semble être et donc n’en avoir qu’une image.

Et puis il y a aussi le contrôle que je peux avoir, que je peux souhaiter avoir de cette image qui va me faire donner ou non des éléments, et qui va nourrir l’image que je suis. On, moi, je, suis une image.

Par Myriam Brabant - Publié dans : glaneuse
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